Le professeur Grangaud tire sa révérence : Hommage à un Juste

Les Européens qui sont restés en Algérie après l’Indépendance

Que fut réellement l’exode des Européens avant et après l’Indépendance. Depuis quarante-cinq ans, les rapatriés ont toujours soutenu l’idée qu’ils avaient été «obligés» de quitter l’Algérie au moment de l’indépendance en 1962, car, menacés physiquement par les «Arabes», ils n’auraient pas eu d’autre choix. Comme on le sait, la colonisation n’a pas détruit uniquement les fondements de la société algérienne, elle a, aussi contribué, par la création d’un apartheid, à creuser le fossé entre les Européens d’Algérie et les Algériens. Pourtant, il y eut 200 000 Européens ayant choisi en effet, de rester dans le pays.

Ces oubliés de l’histoire, Hélène Bracco les raconte, écoutons-la: «….J’ai mis Européens entre guillemets parce que cette frange de population se dit algérienne et quand je suis allée en Algérie, je me suis adressée à ces personnes en leur disant: «Vous êtes des Européens qui ont choisi de rester en 1962 et je voudrais connaître les raisons de votre choix.» Et ils m’ont dit qu’ils étaient Algériens, ils ne se reconnaissaient pas comme Européens. (…) [1]
«Arrivée là-bas, j’ai commencé à interroger des personnes qui s’étaient battues au côté du peuple algérien… J’ai pu interroger des médecins, des cadres techniques, des enseignants, mais aussi des employés, des ouvrières d’usine, des femmes au foyer, des religieux, toute sorte de gens qui m’ont donné de bonnes raisons d’être restés. D’autres avaient fait le choix, assez curieux, de rester là parce qu’ils aimaient le climat, qu’ils y avaient leurs petites affaires. Ils étaient là, avec une mentalité coloniale, à peu près la même qu’avant l’indépendance de l’Algérie. Il était assez curieux d’entendre certains, des ultras qui avaient été au côté de l’OAS et qui étaient restés parce qu’ils n’arrivaient pas à vendre leurs biens. (…)» (1)
« Alger, janvier 2008. Pour trouver la maison où habite Cécile Serra, il vaut mieux ne pas se fier aux numéros désordonnés de la rue. En revanche, demandez à n’importe quel voisin: «Mme Serra? C’est facile, c’est la maison avec les orangers et la vieille voiture!» Cécile Serra reçoit chaque visiteur avec une hospitalité enjouée. A écouter les récits de cette délicieuse dame de 90 ans à l’esprit vif et plein d’humour, on aurait presque l’impression que la «révolution» de 1962 n’a guère changé le cours de son existence de modeste couturière du quartier du Golf, à Alger. «Et pourquoi voulez-vous que ça ait changé quelque chose? vous apostrophe-t-elle avec brusquerie. J’étais bien avec tout le monde. Les Algériens, si vous les respectez, ils vous respectent. Moi, j’ai jamais tutoyé mon marchand de légumes. Et aujourd’hui encore, je ne le tutoie pas.» [2]

L’auteure s’interroge: «Comment se fait-il qu’elle n’ait pas quitté l’Algérie en 1962? «Mais pourquoi serais-je partie? Ici, c’est notre pays. Tout est beau. Il y a le soleil, la mer, les gens. Pas une seconde je n’ai regretté d’être restée.» Et il ne nous est jamais rien arrivé. Sauf quand il y a eu l’OAS. La vérité, c’est que c’est eux qui ont mis la pagaille! Mais ´´La valise ou le cercueil´´, c’est pas vrai. Ma belle-soeur, par exemple, elle est partie parce qu’elle avait peur. Mais je peux vous affirmer que personne ne l’a jamais menacée.» Jean-Bernard Vialin avait 12 ans en 1962. Originaire de Ouled Fayet, petite commune proche d’Alger, son père était technicien dans une entreprise de traitement de métaux et sa mère institutrice (…). «Mes parents appartenaient à ceux qu’on appelait les libéraux (…) On s’imagine mal aujourd’hui à quel point le racisme régnait en Algérie. A Ouled Fayet, tous les Européens habitaient les maisons en dur du centre-ville, et les ´´musulmans´´ pataugeaient dans des gourbis, en périphérie. (…) En janvier 1962, une image s’est gravée dans les yeux du jeune garçon. «C’était à El-Biar [un quartier des hauteurs d’Alger]. Deux Français buvaient l’anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe. L’un des deux se lève, sort un pistolet, abat le malheureux, et revient finir son verre avec son copain, tandis que l’homme se vide de son sang dans le caniveau. Après ça, que ces mecs aient eu peur de rester après l’Indépendance, je veux bien le croire…» (2)

Lors de cette interview  avec Helene Bracco  Jean Paul et Marie France Grangaud -qui elle aussi fera beaucoup  dans les associations d’aide à la jeunesse- « (…) La plupart des pieds-noirs de France semblent avoir complètement oublié que durant cette guerre, la direction du FLN a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser à eux afin de les rassurer. «Moi je les lisais avec délectation» dit Jean-Paul Grangaud, professeur de pédiatrie à l’hôpital Mustapha d’Alger, puis conseiller du ministre de la Santé.» Marie-France Grangaud confirme: «Nous n’avons jamais ressenti le moindre esprit de revanche, alors que presque chaque famille avait été touchée. Au contraire, les Algériens nous témoignaient une véritable reconnaissance, comme s’ils nous disaient: « Merci de rester pour nous aider »! Le déchaînement de violence, fin 1961 – début 1962, venait essentiellement de l’OAS, rectifie André Bouhana. A cause de l’OAS, un fossé de haine a été creusé entre Arabes et Européens, qui n’aurait pas existé sinon.» (…) Quand l’OAS est venue, un grand nombre d’entre eux l’a plébiscitée. Pourtant, une grande majorité d’Algériens n’a pas manifesté d’esprit de vengeance, et leur étonnement était grand au moment du départ en masse des Européens.»(2)

«Mais, conclut l’auteure si la raison véritable de cet exode massif n’était pas le risque encouru pour leur vie et leurs biens, qu’y a-t-il eu d’autre? Chez Jean-Bernard Vialin, la réponse fuse: «La grande majorité des pieds-noirs a quitté l’Algérie non parce qu’elle était directement menacée, mais parce qu’elle ne supportait pas la perspective de vivre à égalité avec les Algériens! Peut-être que l’idée d’être commandés par des Arabes faisait peur à ces pieds-noirs. Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés. Et puis, surtout, nous n’avions aucun rapport normal avec les musulmans. Ils étaient là, autour de nous, mais en tant que simple décor. Ce sentiment de supériorité était une évidence. Au fond, c’est ça la colonisation. 

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https://reseauinternational.net/le-professeur-grangaud-tire-sa-reverence-hommage-a-un-juste/

Publié par ahmedmiloud

Retraité aime internet,débats,culture."La religion agréée par Allah,Le Dieu Unique, est l'Islam". Tout d'abord bienvenue sur mon blog. Vous y trouverez différents sujets qui pourraient vous intéresser, des réponses à certaines questions existentielles et surtout certaines choses qu'on essaie de vous cacher . Osez crier votre vérité même si elle blesse et ne courbez pas l'échine devant l'adversité. Ma devise : "Le mensonge finit toujours par se briser sur le mur de la vérité."(Ahmed Miloud)

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