Pour une décolonialité combative soixante ans après la mort de Fanon : une invitation de la Fondation Frantz Fanon

« Enfin, une troisième étape, une étape de combat où l’écrivain colonisé, après avoir tenté de se perdre parmi le peuple, avec le peuple, va réveiller le peuple. Au lieu de laisser prévaloir la léthargie du peuple, il se transforme en un galvaniseur du peuple. Frantz Fanon, Les damnés de la terre .

« Le combat collectif présuppose une responsabilité collective de la base et une responsabilité collégiale au sommet. Oui, tout le monde doit être impliqué dans la lutte (le combat) pour le salut commun (le salut commun). Il n’y a pas de mains propres, pas de spectateurs innocents. Nous sommes tous en train de nous salir les mains dans le bourbier de notre sol et le vide terrifiant de nos esprits. Tout spectateur est un lâche ou un traître. Frantz Fanon, Les damnés de la terre .    

Les lecteurs des Damnés de la Terre connaissent la phrase souvent citée : « Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir, dans une relative opacité. Cela fait soixante ans après la publication des Damnés de la Terre et soixante ans après le décès de Fanon, cette phrase est aussi pertinente aujourd’hui qu’elle l’était alors. Ce pourrait être en effet une phrase intemporelle, un de ces cadeaux à valeur pérenne de cette époque intense de mouvements de décolonisation vers le milieu du siècle dernier. 

 Que le colonialisme juridico-politique traditionnel fondé sur l’empire de plusieurs siècles ait été largement, mais pas totalement, vaincu au siècle dernier, ne signifie pas que les relations coloniales ont pris fin à ce moment-là. Au moment où les empires européens sont tombés, les États-nations avaient déjà assumé le devoir de préserver les institutions, les valeurs et les formes d’organisation sociale qui reproduisaient et/ou étendaient les logiques raciales qui caractérisaient l’ère du colonialisme occidental moderne et qui continuent de caractériser le discours de la civilisation occidentale actuelle. La conceptualisation et le traitement des populations indigènes et racialisées en Europe, y compris les Noirs, les Juifs, les Tziganes et les Musulmans, ont anticipé la formation d’un nouveau modèle de pouvoir mondial qui est devenu la pierre angulaire des nouveaux États-nations dans les anciennes colonies. Les évangiles de la « découverte » et de la civilisation ont légitimé de vastes génocides, la dépossession et l’esclavage racial, qui ont tous solidifié la pensée raciale en Europe et sont devenus les pierres angulaires de la naissance de nouvelles nations. Des exemples notables incluent les États-Unis, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Colombie, le Mexique, l’Argentine et l’Australie, mais la liste est trop longue pour rendre justice ici. 

 Alors que le colonialisme basé sur l’empire a en grande partie pris fin, le colonialisme basé sur les nations et les entreprises ainsi que la colonialité locale et mondiale perdurent. Qu’ils soient formellement démocratiques ou dictatoriaux, les États-nations reproduisent la colonialité. La lutte contre la colonialité se poursuit alors même que le contexte a changé et que les formes de domination se sont souvent métamorphosées. C’est dans cette situation de relative opacité que Fanon continue de nous appeler pour découvrir notre mission soixante ans après sa mort. 

 Alors que beaucoup aujourd’hui se sont tournés vers la tolérance libérale, l’efficacité des entreprises, l’excellence inclusive et/ou la résilience face aux catastrophes climatiques ou aux preuves de racisme systémique et structurel, nous constatons que la lutte contre la colonialité exige avant tout une attitude combative. Nous reprenons aussi cette idée de Fanon, qui a pris soin de distinguer la combativité de la simple dénonciation et de la critique. Autant la dénonciation et la critique sont souvent vantées comme des attitudes ou actions contre-libérales par excellence, autant elles sont souvent mobilisées pour détourner l’attention de la colonialité et soutenir ouvertement ou subrepticement le mythe de la supériorité cognitive de la civilisation occidentale moderne. La critique est aussi nécessaire qu’insuffisante.

Différente de la critique, la combativité émerge lorsque des sujets racisés commencent à s’adresser à d’autres sujets racisés dans l’effort de générer le sens d’une lutte collective. Alors que la critique tire sa force de la crise, la combativité décoloniale aborde la catastrophe de la modernité/colonialité. La combativité va au-delà des cris de protestation, des lamentations et des appels, même si ceux-ci peuvent être des moments nécessaires de la lutte. La combativité concerne le chemin de la responsabilité individuelle à la responsabilité collective, et elle requiert la volonté et la capacité de se connecter avec les autres et de s’engager dans un mouvement collectif contre la colonialité. L’attitude combative est, comme la littérature combative, « résolue située dans le temps historique » (Fanon, Les Damnés de la Terre  ) et elle est dédiée à l’effort de construire « ton monde à  toi ».» (Fanon, Peau Noire, Masques Blancs ).

 La trajectoire de la vie de Fanon indique que la combativité appelle à transcender les rôles du médecin et du savant. Ces positions peuvent offrir des outils importants pour le processus de décolonisation, mais elles peuvent aussi devenir contre-productives si elles restent isolées et déconnectées des mouvements et des luttes collectives. Fanon est allé jusqu’à démissionner de ces postes dans le but de se connecter avec un collectif de sujets raciaux et coloniaux qui luttaient pour leur libération et leur indépendance. La combativité exige des actes similaires de transgression et de d’effacement des normes établies de reconnaissance et de mérite. La combativité transcende les désirs de reconnaissance.

Traduction de l’anglais par Ahmed Miloud via Google

Source

http://fondation-frantzfanon.com/for-a-combative-decoloniality-sixty-years-after-fanons-death-an-invitation-from-the-frantz-fanon-foundation/

Publié par ahmedmiloud

Retraité aime internet,débats,culture."La religion agréée par Allah,Le Dieu Unique, est l'Islam". Tout d'abord bienvenue sur mon blog. Vous y trouverez différents sujets qui pourraient vous intéresser, des réponses à certaines questions existentielles et surtout certaines choses qu'on essaie de vous cacher . Osez crier votre vérité même si elle blesse et ne courbez pas l'échine devant l'adversité. Ma devise : "Le mensonge finit toujours par se briser sur le mur de la vérité."(Ahmed Miloud)

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