MAROC :TRAFIC DE DROGUE, CORRUPTION ET BLANCHIMENT D’ARGENT |ONU

Mot à dire

Le Maroc est connu depuis des années comme la plaque tournante de la drogue dans le monde. La corruption, le blanchissement d’argent et le tourisme sexuel en sont les conséquences directes . C’est un des moyens pour le roi de protéger son trône contre toute velléité de coup d’état, surtout de la part des habitants du Rif où la culture du cannabis a été autorisée . Voir documentaire :

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Ahmed Miloud

En décembre 2003, un rapport de l’Office contre la drogue et le crime (ODC) des Nations unies [1] a apporté une confirmation scientifique à ce que tous les experts estimaient depuis longtemps : avec 135 000 hectares de culture de cannabis produisant chaque année plus de 3 000 tonnes de haschisch, le Maroc est de très loin le premier producteur/exportateur mondial de cette substance [2]. Non seulement 90% du haschisch consommé en Espagne et en France provient de la région du Rif, mais les trafiquants utilisent leurs réseaux pour acheminer en Europe des drogues dures comme la cocaïne et y blanchir leurs profits. Ces derniers représentent la plus importante source de devises dans l’économie marocaine et sont à l’origine de réseaux de corruption et de clientélisme allant du choix, par la population, de trafiquants comme autorités villageoises dans le Rif jusqu’aux plus hauts niveaux des autorités de l’État, du moins sous le règne de Hassan II. Si ce dernier avait laissé aux trafiquants et à leurs appuis dans l’administration et au sein des élus une marge de manœuvre importante dans la région du Nord, c’était pour préserver la loyauté d’une région réputée hostile au pouvoir central – loyauté d’autant plus nécessaire qu’à partir du début des années 1990 le pouvoir mettait progressivement en place une ouverture démocratique risquant de rendre difficilement contrôlable les nouveaux partis politiques. Simultanément, la tolérance dont bénéficient les cultures illicites de la part du gouvernement permet aux populations paysannes berbères marginalisées économiquement et socialement discriminées de survivre dans un environnement dégradé.

La place prise par le haschisch marocain sur les marchés de consommation espagnol et français doit beaucoup aux réseaux de corruption, actifs ou passifs, qui facilitent son importation dans ces deux pays. Si, en Espagne, la corruption induite par le trafic de transit touche essentiellement les membres des forces de répression, en France, en revanche, les ministres de l’Intérieur successifs affirment que la consommation du cannabis constitue un « fléau » conduisant à l’usage des drogues dures [3], mais s’arrangent pour que la responsabilité du Maroc dans sa production et son exportation soit occultée. Cette politique, bien entendu, est dictée par des intérêts économiques et géopolitiques « supérieurs ». Par conséquent, on peut se demander si la décision de Mohammed VI d’autoriser la première évaluation des superficies de culture et de s’en prendre, depuis l’été 2003, à d’importants trafiquants et à leurs complices dans l’appareil d’État est le signe d’un changement politique dans ce domaine ou bien seulement un rideau de fumée, comme ce fut à deux reprises au moins le cas sous le règne d’Hassan II.

Un héritage de l’histoire

Les historiens s’accordent pour établir l’existence de cultures déjà centenaires de cannabis (kif[4]) dans la région de Ketama, dans le Rif central, au xvie siècle. Ces cultures remonteraient à l’arrivée des immigrants arabes dans la région au viie siècle. Vers 1890, le sultan Hassan Ier (1873-1894) confirme l’autorisation de cultiver le kif dans cinq hameaux des tribus des Ketama et des Beni Khaled. En 1912, le royaume est séparé en deux zones, l’une placée sous administration française, l’autre sous tutelle espagnole. La conférence d’Algerisas, en 1906, concède le monopole de la vente et de l’achat du tabac et du kif à la Régie marocaine des kifs et tabac, une compagnie multinationale de capital français. La Régie a pour siège Tanger, ville bénéficiant, à partir de 1920, d’un statut international et administrativement séparée des zones française et espagnole [5]. Durant les cinq ans pendant lesquels Abd el Krim maintient par la force des armes un État indépendant dans le Rif (1921-1926), la production de cannabis diminue notablement, non pas tant du fait des opérations militaires que de la volonté du chef berbère, pour qui la consommation de kif est contraire aux préceptes du Coran.

Le 12 novembre 1932 est promulgué un dahir (décret-loi royal) interdisant la culture du cannabis dans la zone sous protectorat français. Contrairement à l’Espagne, la France a en effet signé l’accord international sur les stupéfiants. Mais ce même dahir autorise la Régie à vendre aux populations locales un mélange de haschisch et de tabac, permettant à la France de profiter des recettes fiscales générées par cette activité [6]. Un nouveau dahir, promulgué en 1954 par le roi Mohammed V et censé s’appliquer, dès l’indépendance, aux deux zones du royaume, confirme l’interdiction de 1932. Toutefois, une tolérance subsiste pour les cinq hameaux des tribus Ketama et Beni Khaled, ce qui vaut à la région le surnom espagnol de « Cinco ». Mais, dans les années 1950, le kif est également ouvertement planté dans le Haouz (plaine de la région de Marrakech) et le Gharb (plaine de la région de Kenitra). En 1960, le gouvernement marocain étendait l’application du dahir de 1954 à l’ensemble du territoire, sans que cette décision soit suivie d’effet dans le Rif. Au contraire, Ketama devient une sorte de Katmandou pour les jeunes Européens [7].

Entre 1958 et 1990, le Rif connaît trois soulèvements durement réprimés, ce qui ne sera pas sans incidence sur la marginalisation économique postérieure de la région et son recours accru aux cultures illicites. Le plus sanglant est sans conteste celui de 1958 ; noyé dans le sang par Hassan II, il fait des milliers de morts. En 1984, des mesures prises par les autorités locales pour limiter la contrebande dans l’enclave espagnole de Melilla et le trafic de cannabis dans tout le Nord provoquent également un soulèvement. Plus récemment, en décembre 1990, la répression d’un mouvement de révolte sociale, né à Fez, fera elle aussi nombre de victimes (officiellement une quarantaine, officieusement près d’un millier) dans cette ville, mais aussi à Tanger, Tétouan et Al Hoceima.

Dans les années 1980, le développement continu des productions entraîne l’arrivée de délinquants d’autres régions du Maroc, qui coupent les routes et rançonnent touristes et narco-touristes. À cela s’ajoute l’activité des forces de répression tendant à faire des étrangers, frappés de lourdes peines lorsqu’ils sont arrêtés en possession de haschisch, des boucs émissaires, afin de masquer le fait que les autorités locales, et parfois nationales, sont impliquées dans la production et le trafic. Le nord du Maroc est donc considéré comme une « zone dangereuse », ce qui affecte non seulement le narco-tourisme, mais le tourisme tout court. Cette mauvaise réputation perdure encore aujourd’hui bien qu’il n’existe plus aucune insécurité dans la zone, même dans la région de Ketama, qui passe pour être le berceau des trafiquants. Depuis l’avènement de Mohammed VI (juillet 1999), les contrôles policiers se sont en effet assouplis, ce dont bénéficient les cultivateurs mais également les touristes, qui se déplacent en toute quiétude dans la région.

Des réseaux de contrebande aux filières de la drogue

La spécialisation du Rif dans la production de cannabis et les pratiques illicites s’explique enfin historiquement par le fait que les activités de contrebande y constituent une réalité plus que séculaire. La contrebande à partir des enclaves espagnoles du littoral méditerranéen marocain, Ceuta et Melilla, a pris forme à mesure que le Maroc s’est ouvert, au cours de la deuxième moitié du xixe siècle, au commerce européen et que les vieux presidios espagnols, de garnisons pénitentiaires, se sont métamorphosés en entrepôts commerciaux. À l’aube du xxe siècle, Ceuta et Melilla et les îlots qui les jouxtent sont déjà au cœur d’un trafic intense d’armes et de munitions de guerre qui contribua fortement à ce qui fut appelé l’« anarchie marocaine », prétexte à l’établissement du protectorat.

Depuis les années 1970, le phénomène a pris une dimension nouvelle. De confinée localement, la contrebande est devenue une donnée régionale et même nationale, car elle atteint les villes les plus éloignées du pays et fournit du travail à des dizaines de milliers de personnes [8]. Cette activité illégale est alimentée en toute connaissance de cause par l’Espagne ; en effet, les produits (des détergents à l’huile de cuisine en passant par le fromage et les insecticides) introduits au Maroc via les enclaves sont spécialement fabriqués dans ce but et ne sont pas vendus sur le territoire espagnol. Selon le gouvernement marocain, qui pourtant la tolère, la contrebande représentait à la fin des années 1990 un chiffre d’affaires annuel de 3 000 millions de dollars, et les pertes pour l’économie nationale s’élevaient à environ 1 350 millions de dollars [9]. Non seulement ce phénomène fait obstacle au développement de l’industrie manufacturière du pays, mais il a durablement enraciné les réseaux et les infrastructures d’une économie informelle dont le trafic illicite de stupéfiants a naturellement bénéficié. Schématiquement, le transport de la drogue permet d’optimiser les investissements en hommes et en moyens de transport de la contrebande traditionnelle, dont les flux se font depuis les enclaves espagnoles vers l’intérieur du Maroc, alors que la drogue circule de l’intérieur vers l’Espagne. Les douaniers, policiers, gendarmes et autres représentants de l’autorité, habitués à « fermer les yeux » sur les transports de marchandises dans un sens, n’éprouvent pas de scrupules majeurs, moyennant bakchich, à ne pas les ouvrir sur la drogue voyageant dans le sens opposé.

Estimation des superficies de culture du cannabis

La région du nord du Maroc où se concentre la culture du cannabis occupe environ 20 000 km2, soit 2,7 % de la superficie du pays [10]. À cheval sur les provinces d’Al Hoceima, Chefchaouen, Larache, Taounate, Tetouan, elle est traversée d’est en ouest par la chaîne du Rif, qui culmine à 2 456 mètres. La densité de la population rurale (124 habitants au km2, avec, dans certaines communes, près de 150 habitants au km2) y est trois fois plus élevée que la moyenne nationale. Et cela bien que la région ait été, dans les années 1960-1970, la principale zone d’émigration vers l’Europe. Mais le taux d’accroissement y est de 2,19 % par an, la moyenne par famille de sept enfants, et la moitié de la population a moins de 15 ans.

Suite de l’article :

https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2004-1-page-63.htm#:~:text=1En%20d%C3%A9cembre%202003,de%20cannabis%20produisant%20chaque%20ann%C3%A9e

LA LUTTE CONTRE LE TRAFIC DE DROGUE, LA CORRUPTION ET LE BLANCHIMENT D’ARGENT AU COEUR DES DEBATS

Réunie sous la présidence de Mme Yvonne Gittens-Joseph, la Commission des affaires sociales, humanitaires et culturelles, s’est penchée, ce matin, sur les manières de lutter contre la criminalité transnationale organisée et contre certaines de ses manifestations, la corruption et le trafic de drogue. Poursuivant leur examen des questions liées à la prévention du crime et la justice pénale, et au contrôle international des drogues, les délégations se sont inquiétées de l’expansion de ces phénomènes à l’échelle mondiale qui met en danger la vie et le bien-être des individus et, en même temps, la sécurité d’Etats entiers.

Le représentant de la Fédération de Russie a jugé évident qu’il n’est plus possible de surmonter le crime organisé à travers les efforts déployés isolément par les Etats. Dans ce contexte, les représentants de l’Algérie et du Chili ont ajouté que les efforts de lutte contre ce fléau doivent être réalisés dans le cadre d’une coopération internationale renforcée, fondée sur les principes de la responsabilité partagée ainsi que sur le respect de la souveraineté et l’intégrité territoriale. Ils ont souligné que, face à ce problème universel, les Nations Unies sont appelées à jouer un rôle important et ont appuyé dans ce cadre l’élaboration de la Convention contre la criminalité transnationale organisée qui doit être adoptée par l’Assemblée du millénaire. Les délégations ont aussi soutenu l’élaboration d’un instrument international contre la corruption. Plusieurs représentants ont cependant souligné que l’adoption de conventions ne saurait être une fin en soi et que tout texte juridique doit être complété par des mécanismes de contrôle nationaux et internationaux. La confiance et le respect réciproque des différents partenaires tant au niveau national qu’international sont indispensables pour lutter efficacement contre le blanchiment d’argent, a souligné le Représentant de Monaco qui, faisant valoir les mesures prises par la Principauté dans ce domaine, s’est insurgé contre la qualification de « plaque financière opaque ».

Tout en regrettant que les institutions étatiques ne possèdent pas les instruments, les mécanismes, la souplesse et la rapidité nécessaires pour lutter contre la criminalité transnationale organisée, le représentant du Chili a rappelé que l’Etat est néanmoins responsable de la résolution de ce problème face à ses citoyens.

Inquiet des effets de la circulation et de la consommation des substances psychotropes en Fédération de Russie, le représentant de ce pays s’est prononcé contre la légalisation des drogues « douces ». De même, la représentante de l’Algérie jugé préoccupant l’aménagement et l’installation de salles d’injection de drogues dans plusieurs pays développés, ce qui, a-t-elle estimé, en facilite l’abus et le trafic.

Les représentants des pays suivants on pris ce matin la parole: Émirats arabes unis; Saint-Marin; Chili; Monaco; Algérie; Sénégal; Égypte; Chine; et Fédération de Russie.

Suite de l’article :

https://www.un.org/press/fr/2000/20001002.agshc467.doc.html

Publié par ahmedmiloud

Retraité aime internet,débats,culture."La religion agréée par Allah,Le Dieu Unique, est l'Islam". Tout d'abord bienvenue sur mon blog. Vous y trouverez différents sujets qui pourraient vous intéresser, des réponses à certaines questions existentielles et surtout certaines choses qu'on essaie de vous cacher . Osez crier votre vérité même si elle blesse et ne courbez pas l'échine devant l'adversité. Ma devise : "Le mensonge finit toujours par se briser sur le mur de la vérité."(Ahmed Miloud)

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